Mouches

La mouche et le peintre…

Mon travail sur les mouches a démarré presque par hasard. A force de regarder les peintures de vanités, j’ai fini par remarquer que ce petit insecte se retrouvait souvent représenté sur des crânes ou des fruits.

Au-delà de l’évidente thématique de la mort et de la vacuité de la vie, la mouche crée un pouvoir de fascination. Plutôt que d’être comme un point aveugle dans la toile, une tâche noire, elle implique au contraire une exigence du regard. On observe, on décortique, on s’approche. Elle instruit une certaine pratique du voir.

A ce moment-là, pour moi, la mouche est devenue une histoire de peintre.
En se référant à l’anecdote de Vasari à propos d’un tableau de Giotto qui aurait trompé son monde par l’intermédiaire d’une fausse mouche, André Chastel pense le motif de l’insecte comme une démonstration de virtuosité artistique. Il l’entend comme l’emblème de la maîtrise nouvelle des moyens de la représentation mimétique. Daniel Arasse dans son livre Le Détail, souligne son statut polysémique qui en fait un véritable parasite dans l’iconographie traditionnelle.

Regarder une oeuvre ne saurait être un parcours balisé.
La mouche qu’elle représente la virtuosité du peintre ou qu’elle vienne perturber le sens de l’oeuvre interroge dans tous les cas la peinture. Posée sur la surface de la toile ou représentée sur des objets, dans quel espace se situe t-elle vraiment ? Par ce jeu, elle renvoie au processus de figurabilité qui caractérise le travail du faire image.

C’est cela que j’ai voulu transposée dans cette série « Mouche ». Ces dessins à l’aquarelle prennent place dans des cadres de format 16 x 16 x 5 cm.

En utilisant ce medium, sa fluidité favorise le risque à chaque instant de perdre l’image et de faire tâche, mais la tâche peut aussi faire image. Mon travail questionne la figure.